27 septembre 2016

Rencontre avec Julien Beneyton

 Les Bourbouloux & Festival, 2015, acrylic on wood, 153 x 175 cm


" De vivre les choses que j’aurais envie de peindre."

Artiste, Julien Beneyton développe un travail singulier autour d’un univers urbain et pictural. En effet, son discours, sa façon d’être au monde sont celles d’un peintre au même titre que les Flamands, pour ne citer qu’eux. Il est, comme l’a ironiquement formulé Marcel Duchamp, un broyeur de chocolat. Nous le retrouvons, artiste dans son atelier, en train de peindre, enchaîné à ses pinceaux, esclave de ce qu’il vient de créer, dans un acte que la psychanalyse nommerait d’onanique.
Pourtant, tel un pied de nez à ce complexe « la peinture est morte », Julien Beneyton, intuitivement, décale la problématique de l’impossibilité de peindre en assumant entièrement et sans détour la représentation, le réalisme, la narration, le travail d’atelier, et ô sacrilège, la peinture.
Les pigments ont laissé place aux tubes d’acrylique, basic. Pas de snobisme, il travaille avec les outils de son temps, l’huile n’a ici aucune place ! Non pas qu’il s’agisse d’un déni, mais plutôt que la technique n’est pas adaptée à sa manière de peindre, n’est donc pas un bon outil. Déjà, cet acte replace conceptuellement son travail dans une appropriation de la peinture classique. Les maîtres anciens, dont l’artiste s’influence, connaissaient-ils l’acrylique ? Non. Ils utilisaient les matériaux de leur époque. D’autre part, nous l’avons dit, ce média est ajusté à l’œuvre de l’artiste qui travaille en couche, n’est pas dans la pâte picturale, et accélère si besoin est, le temps de séchage. Les couleurs sont souvent crues, franches, sorties du tube. Son support n’est pas la toile mais un coffrage de bois contreplaqué et les tranches latérales sont des éléments à part entière de la composition. Cela renforce l’éloignement avec les peintres modernes qui considéraient cet espace comme virginal et plan. Plus de cadre, la peinture se décolle du mur, se fait objet. Ne serait-il pas hors propos de mettre à ses œuvres un cadre en dorure baroque alors que nous sommes en 2010 ? Tous les éléments techniques et plastiques font sens, constituent une esthétique – et non un style. Au même titre, nous pouvons trouver l’existence d’un rapport analogique entre ses couleurs, son support, son trait, son implacable figuration : la mollesse y est absente. Il se permet la liberté de faire un bond dans le temps, d’éluder les problématiques des modernes pour se concentrer sur la peinture et ce qu’elle a à dire, se la réapproprier en tant que simple moyen. Il est un artiste d’aujourd’hui inscrit dans une manière classique pour dire les choses de notre contemporanéité.

Suite du texte de Shandi Bouscatier sur le site de Julien Beneyton

 

   Les enfants du Bon Dieu, 2016, acrylics on wood and frames, 58,5 x 40 cm (x3 triptych)