28 mars 2017

Visite du BAL

Les étudiants de VIA FERRATA ont visité Le BAL et l'exposition Again and again de Stéphane Duroy. Cette visite a été organisée et menée par Daphné Brottet, conférencière.

Le BAL, lieu indépendant dédié à l’image-document contemporaine, situé dans le 18è arrondissement de Paris (Place de Clichy), tient son nom d’un ancien établissement de plaisir, un "hôtel d’amour" contenant une salle de bal et un cabaret construit dans les années 1920. Cet endroit, retrouvé à l'état de friche en 2007, a fait l’objet d’une restructuration conséquente par les architectes Caroline Barat et Thomas Dubuisson.
Né du désir de créer une plate-forme d’exposition, de production, d’édition et de pédagogie par Raymond Depardon et Diane Dufour, LE BAL dispose d’une salle d’exposition sur deux niveaux (rez-de-chaussée et sous-sol), d’une librairie et d’un restaurant. Depuis 2010, il propose des projets curatoriaux hétérogènes interrogeant différents aspects de notre société, relançant les débats sur les relations de visibilité et de lisibilité d’une époque complexe aux géographies multiples. S’agissant de photographies, d’éditions, de nouveaux médias, de films vidéo ou de cinéma, les expositions du BAL dévoilent les "écritures du réel". Chacune, accompagnée d’une programmation de projections, de rencontres et de conférences, se fait l’écho des turbulences de ce monde du point de vue des artistes engagés dans les entrelacs du politique et de l’esthétique.



Depuis le mois de janvier, une partie de l'Œuvre du français Stéphane Duroy succède à la magistrale exposition Provoke qui révélait les interventions artistiques et citoyennes contestataires du Japon des années 1960 à travers les trois numéros de la revue éponyme. Par contraste à celle-ci, loin du bruit révolutionnaire et des mouvements de foule, cette exposition reflète les relations intrinsèques de la photographie au réel à partir de celui qui saisit les traces d'un passé marqué à jamais par les conflits et les désillusions du XXème siècle de part et d'autre de l'Atlantique. En effet, s'il se considère plus lucide que pessimiste, Stéphane Duroy a une conscience aiguë de l'histoire contemporaine, de son imbrication avec les récits individuels et du devoir collectif de mémoire. La singularité de son regard sur le monde l'éloigne rapidement des conventions de la pratique photographique journalistique, et, ce, bien qu'il soit reconnu comme photo-reporter. De ce fait, il devient opportun de signifier la difficulté d'écrire l'histoire avec la photographie qui est "l'écriture de la lumière" .

Alors, avec les étudiants, nous avons retrouvé le chemin de ce photographe atypique (volontairement provocateur avec le médium) dans une Europe dévastée par les deux guerres mondiales, une guerre froide, une descente économique jusqu'à la misère de nombreux ouvriers anglo-saxons de l'ère thatchérienne. Nous avons étudié les particularités de composition, l'attitude physique du photographe - indiquant la nature horizontale et émotionnelle de son rapport au monde - ainsi que l'accrochage. De plus , les qualités plastiques de quelques tirages en n&b et sa façon de traiter ceux en couleur laissant percer le rouge vif des douleurs de notre époque nous a aussi permis de déceler son intérêt pour l'Histoire de l'art, précisément la peinture à laquelle il se réfère constamment.
De la chute du Mur aux mines de charbon et ses mineurs, le silence pèse comme un couvercle !


Avec la collaboration du scénographe-régisseur, Cyril Delhomme et des curatrices Diane Dufour (directrice) et Fanny Escoulen, Stéphane Duroy nous plonge dans une ambiance contrastée sur les deux plateaux du lieu. Ainsi, à la dialectique de la présence/absence esquissant par la même l'influence brechtienne au rez-de-chaussée, nous sommes retrouvés au sous-sol pour découvrir un travail de peinture, un Work In Progress. Cette partie de l'exposition montre ce qui se joue et se rejoue du côté de l'Amérique et surtout ce que Stéphane Duroy tente de déjouer en tant qu'artiste. Alors que nous avions appris des quarante années d'un travail photographique soigneusement sélectionné, nous faisant pénétrer dans la "substantifique moelle" de ses préoccupations, nous avons découvert une réalisation plastique tout en prodigalité à partir de cent exemplaires récupérés de son ouvrage Unknown.Cette remarquable édition de photos traitant de l'exil, du nomadisme et du revers de l'"american dream" (parue en 2007) s'appréhende dans la droite ligne d'un Robert Frank et d'un Walker Evans.
Cependant, si l'œuvre photographique de Stéphane Duroy est de faire "silence lorsqu'elle fait image", le dispositif installé en sous-sol est, quant à lui, "très bavard" selon Annabelle Grailhe et quelques autres étudiants. Soulignant l'audace et la radicalité du plasticien de reconsidérer son œuvre plutôt que de la gérer, les jeunes artistes ont été malgré tout peu convaincus par le déploiement des exemplaires retravaillés dans cet espace visuel et sonore. 
Les Tentatives d'épuisement d'un livre aiguisent les esprits critiques ...
Texte : Daphné Brottet
Photos : © Anthony Micallef

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