04 mai 2017

Visite de La Maison Rouge



Les étudiants de VIA FERRATA ont visité l'exposition Contre-culture 1969-1989 : L'esprit français à la Maison Rouge. Cette visite a été organisée et menée par Daphné Brottet, conférencière.

Lieu indépendant, inauguré en juin 2004 par Antoine de Galbert, galeriste grenoblois et collectionneur, la Maison Rouge était originellement une friche industrielle sur laquelle subsistait une maison familiale. Celle-ci fut conservée et peinte en rouge (comme par pulsion, explique-t-il) pour y proposer une vision de l'art différente de celle des institutions françaises.

En effet, la Maison Rouge – située boulevard de la Bastille (12ème arr. de Paris) – promeut diverses façons de concevoir et de montrer l'art contemporain. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une maison : lieu de la domesticité et de l'intimité mais aussi lieu d'introspection et de sociabilité. Rouge est le symbole de la vie, de la passion. Définie ainsi par son Président-fondateur, la Maison rouge est devenue le lieu où les subjectivités se révèlent par l'entremêlement des grands courants et des marges de l'histoire de l'art. Il s'agit ici de faire coexister l'art brut et l'art contemporain, l'art primitif et l'art populaire, les avant-gardes et les dissidences. Pour Antoine de Galbert, ce choix s'impose comme antithétique aux hiérarchisations et cloisonnements observés dans les différents milieux de l'art.

Ainsi, l'équipe de la Maison rouge décide de déployer sur 2000 m2 trois à six expositions chaque année du rez-de-chaussée aux sous-sols. Celles-ci sont accompagnées d'une programmation d'événements (conférences, projections de films, performances, concerts, visites guidées ...) en collaboration avec plusieurs structures culturelles et associatives. Outre les vastes espaces d'exposition composés par l’architecte Jean-Yves Clément, ce lieu a gardé les éléments du style industriel et de l'habitation individuelle par l'aménagement du patio et de la cuisine afin d'y proposer un endroit convivial. Une librairie d'ouvrages sur l'actualité de l'art, la collection et des livres d'artistes rares jouxte l'entrée du lieu. Le rythme des expositions alterne entre monographies et projets thématiques ... et, ce, au moins jusqu'en 2018 ! Car, comme l'a annoncé son fondateur il y a peu de temps par newsletter aux abonnés et au regret général, la Maison rouge fermera ses portes dans un an. Alors, avant que tout ne cesse, les étudiants de VIA FERRATA ont eu l'occasion de découvrir un autre lieu indépendant.

" On fait ce qu'on veut et c'est la caractéristique de la Maison rouge." Antoine de Galbert

Ce principe de liberté annoncé en ligne éditoriale de tous les projets réalisés pendant plus d'une décennie pourrait apparaître en frontispice de la nouvelle exposition Contre-culture 1969-1989 : L'esprit français. Cette exposition conçue par deux curateurs indépendants, Guillaume Desanges et François Piron, révèle au
public l'après mai 68 en France qui a poursuivi la contestation et, plus encore, la remise en question des fondements de l'éducation, du politique, de l'art, du travail, des pratiques scientifiques, philosophiques et de santé – notamment en psychiatrie – ainsi que les débats concernant les lieux d'enfermement. De ce fait, les déclarations et les productions de quelques libertaires underground croisent celles de personnalités médiatisées. La vie et l'Œuvre du Marquis de Sade ouvrent les possibles créatifs pour une liberté d'expression sans concession. Les frontières du beau, du trivial, du bon, du mauvais, du banal cessent d'apparaître comme point de référence à ce qui discrimine. En corrélation avec les objets présentés, l'agencement proposé par les commissaires ne privilégie aucune discipline en particulier.


" Un sentiment profond sous-tend ce livre et l'exposition qu'il accompagne : c'est par ses marges que la France a produit ce qu'elle a de meilleur." Guillaume Desanges et François Piron

Constituée de nombreux documents d'archive (visuels, sonores, en film, sur papier, tissu, carton, en original ou issue du détournement ... ) aux formats variés et de réalisations plastiques d'artistes que l'histoire de l'art retient mais aussi d'œuvres de ceux pour qui l'anonymat ou le quasi anonymat persiste, cette exposition sème le trouble dans le genre ! En effet, la visite de ce projet qui mêle sans hiérarchisation verticale tout ce qui pouvait changer la vie d'une manière (humoristique) ou d'une autre (brutale) nous a emmené vers une exploration de la déterritorialisation.  
Le Do It (Yourself) ! permet la création de nouvelles situations. Aussi a-t-on vu sous différentes formes, diverses façons de produire des contre-pouvoirs aux carcans les plus notoires et sous-jacents de la société de ces années-là. Cependant, si les diverses déconstructions n'ont pas fait table rase de tout, un pas de côté à été réalisé. Cette exposition est aussi la mise en œuvre de celui- ci. Depuis l'émergence de l'université de Vincennes aux revues féministes, homosexuelles, transgenres, pamphlétaires et érotiques, l'art tente de se frayer un chemin hors des structures des avant-gardes. Tel était le point nodal de notre visite : discerner tout en ne cloisonnant pas ce qui appartient au champ de l'art de ce qui l'excède et qui crée l'époque. Aussi, pour cette dernière visite, les avis furent plus que partagés.

Les plus curieux de savoir jusqu'où une telle déroute peut conduire furent récompensés par la découverte de l'œuvre de Claude Lévêque, Conte cruel de la jeunesse (1987), et suscita l'enthousiasme. Sur la chanson des Bérurier noir, groupe punk mythique, ami de l'artiste plasticien, et côtoyant dans l'avant-dernière salle d'exposition les productions de Bazooka (anciens étudiants des Beaux-arts de Paris ...), les derniers protagonistes de l'aventure curatoriale ont fait l'expérience de l'hétérogénéité des devenir(s).

Texte : Daphné Brottet
Photos : © Anthony Micallef


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