19 janvier 2018

Visite de la BnF




Les étudiants de VIA FERRATA ont visité l'exposition Paysages français, une aventure photographique, 1984 - 2017 de la BnF, Bibliothèque nationale de France. Cette visite a été organisée et menée par Daphné Brottet, conférencière.

Dans la perspective de constituer les dossiers de leurs travaux et de poursuivre les questionnements abordés lors de la précédente visite, les étudiants ont sillonné les différents espaces de l'exposition consacrée aux multiples propositions photographiques à partir de la mission de la DATAR (Délégation de l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) lancée en 1984 à l’occasion de ses 20 ans pour « représenter le paysage français des années 1980 ». La Mission photographique de la DATAR étant initialement iconographique (visant à constituer un corpus visuel représentatif des modifications des espaces vécus en France depuis les Trente Glorieuses), inaugure une nouvelle modalité de la commande en l’alliant avec l’aide à la création. La Délégation interministérielle fait appel à 29 photographes français et étrangers considérés alors comme des artistes confirmés ou débutants. Ainsi, il s’agit de rendre intelligible une expérience sensible tout en renouvelant la perception du territoire, « recréer une culture du paysage », et, par là, se défaire d'une vision pittoresque des régions de France.
Afin de soulever « le masque du paysage de charme » (Jean-François Chevrier), la mission impose quelques conditions et soumet certaines libertés aux photographes : rester sur le site au moins un mois sur trois, se risquer à une écriture singulière et renouvelée sans injonction absolue de production.


Animées par le désir d'exposer les réalisations de tous les participants pour la première fois depuis la fin de ladite mission, les commissaires d'exposition, Raphaële Bertho et Héloïse Coneta ont également révélé au public les nombreuses répercussions esthétiques et politiques inhérentes à la représentation par la photographie grâce à l'agencement des tirages avec d'autres productions indépendantes ou de commandes. Ce tournant esthétique fait état de plusieurs centres d'intérêts comme l'interpénétration des pratiques artistiques et scientifiques, l'acuité envers la banalité de certains endroits, un regard particulier porté sur les éléments significatifs d'une époque, un examen résolument subjectif et précis des lieux jusqu'à l'interrogation de l’irreprésentable, les enjeux philosophiques et politiques d'une photographie d'art et documentaire à la fois.
Dès les années 1980, la France se dote de structures dédiées à l'exposition et la diffusion de la photographie, la validant de ce fait officiellement en tant qu'œuvre d'art. L'aventure photographique de la DATAR participe activement à ce nouvel élan. À travers ces réalisations, les participants à la mission - influencés par une nouvelle génération de photographes réunis pour l'exposition qui fit date en 1975 aux Etats-Unis, New Topographics : Photographs of a Man-Altered Landscape - revivifient intensément la définition proposée par François Soulage : « Toute photo est cette image rebelle et éblouissante qui permet d'interroger à la fois l'ailleurs et l'ici, le passé et le présent, l'être et le devenir, la fixité et flux, le continu et le discontinu, l'objet et le sujet, la forme et le matériau, le signe et l'image ». Concomitamment, le mot paysage, entendu comme un terme relevant de la géographie, retrouve ses lettres de noblesses picturales et originelles 1.

Exposées sur les cimaises, éditées spécialement pour des catalogues, portfolios, magazines, livres d'artistes ..., dans les vitrines ou signifiées par un observatoire accessible en milieu de parcours, ces photos nous montrent une nouvelle topographie de la France. L'agencement de cet ensemble engage vers une reconsidération de la question du « paysage » et de celle de « territoire(s) ». Tous - photographes de la mission, précurseurs ou indépendants dès les années 2000 - font le choix des outils et des techniques corrélativement avec le site observé, arpenté et la conscience d'être-là. La ville, les délaissés urbains, les zones industrielles désertées, les espaces interstitiels, les habitants, les travailleurs sur leur lieu de travail et les « invisibles » ... sont captés suivant d'innombrables variations de lumière et s'offrent universellement aux regards des visiteurs de toutes nationalités. Résolument produites à partir des mobilités territoriales combinées aux préoccupations de leurs auteurs, ces créations ouvrent une brèche.


Sur ces entrefaites, le petit groupe d'étudiants, curieux de comprendre les multiples enjeux d'une commande - précisément d'une « mission » -, de rendus formels et des questions intrinsèques à la photographie et à l'expérience sensible des lieux, ont saisi la polysémie du mot « territoire » et les problématiques du corps à l'espace. Suivant l'organisation chronologique et thématique de l'exposition, ils ont pu effectuer une approche concrète des réalisations aux allures tantôt poétiques [relevant de l'inventaire de sites particuliers, de bâtiments ou d'interventions variées dans la nature et dans la ville, par exemple], tantôt silencieuses et picturales, souvent frontales, politiques et initiatrices de projets citoyens. Grâce à ce découpage, les étudiants ont saisi combien cette mission fut novatrice dans le champ de l'art contemporain et de l'environnement.
Déambulant dans les salles et analysant différentes productions et mises en œuvre de projets, ces derniers ont pris note, collectivement et pour eux-mêmes, de nombreuses possibilités plastiques et scénographiques. Ils ont considéré tous ces éléments qui construisent un discours authentique, riche et cohérent comme des évidences à réinvestir en atelier et pour une présentation dans un avenir proche.  


En fin de parcours, le groupe s'est mobilisé dans la dernière salle consacrée à la « photographie plasticienne » et au collectif indépendant, France(s) Territoire Liquide. Cette ultime salle déplie une photographie « alliant la puissance de la singularité à la synthèse de la multitude » (Raphaële Bertho). Et, relançant les audaces précédentes, les dernières œuvres découvertes ont suscité l'enthousiasme. Les jeunes créateurs ont pris la mesure plus largement encore des questions d'auteur, de mobilité, d'espace et de temps, de rapports de distance, de création de récits, de corporéité. La visite s'est ensuite conclu par la lecture de cette citation de Hans Belting trouvée récemment en d'autres circonstances et qui fait écho à notre visite opportunément : « L'homme n'apparaît pas comme le maître de ses images, mais [...] comme le « lieu des images » qui occupe son corps : il est livré aux images qu'il produit, encore qu'il n'ait de cesse de vouloir les dominer 2.
Texte : Daphné Brottet

1. Étymol. et Hist. 1er sens en 1549 : Beaux-Arts (Paisage : mot commun entre les painctres)
2. in Pour une anthropologie des images (2001), trad. Jean Torrent, Paris, Gallimard, coll. « Le temps des images », 2004, p.18.

Pierre de Fenoÿl 10 / 7 / 87, 14 H, Tarn


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