12 novembre 2019

Rencontre avec Yasmina Benabderrahmane

DIE HECKE, 2008

Les étudiants de VIA FERRATA reçoivent régulièrement la visite d'un artiste qui vient présenter son parcours et son travail. Mardi 5 novembre ils ont rencontré Yasmina Benabderrahmane.

Ce que l’on voit, où ce qui est donné à voir serait ou ne serait pas véritablement ce que l’on voit.
" On peut alors se poser la question de savoir si dans mes photographies ou dans mes films, on ne se contente pas seulement de reproduire la réa- lité, l’acte même d’imager ou en quelques sortes si ces artifices créent toujours une fiction.
Le vrai, le faux, la réalité, l’apparence, les faux semblants, la mascarade: j’observe et sonde la force, les raisons profondes de l’objet représenté. Les images peuvent entretenir une confusion déstabilisante entre la réalité et sa représentation. Au-delà de la visibilité de l’image, il n’y à rien à voir puisque l’image concentre sur elle toute la visibilité.
Visible et invisible s’oppose non comme deux contraires logiques mais la vérité de l’un fait se révèle à la vérité de l’autre. Le simulacre ou l’illusion qui satisfait le regard en saturant le visible. L’image ne renvoie qu’à elle-même et bloque sur elle tout mystère — Eïdon (l’idée) et l’Eïdolon (l’image /phan- tasme). Cette idée prend forme par des détails ou fragments de corps, des séries de portraits qui relèvent des quotidiens, de portraits- paysages, d’objets, de restes, de gravats, d’ossements, d’espaces ou de lieu qui citeraient le corps sans le montrer."
Maîtresse d'oeuvre où le chantier à bras le corps, 2016

Dans la rigueur de l’expérimentation, Yasmina Benabderrahmane construit une œuvre doublement sensible et scientifique qui déjoue les points de signifiance du réel. Ses photographies et ses films forment, plus qu’une série, un véritable corpus actant d’un processus de recherche. A hauteur de son regard, le paysage du monde et des corps qui l’habitent, des fragments de nature, des éléments d’architecture ou de corps, qui du micro au macro, sont identiquement enregistrés. Difficile de parler de sujet à proprement parler, ou plutôt de prétexte, car précisément ces éléments n’en sont pas dans l’œuvre de Yasmina Benabderrahmane.
Sensibles, photo-sensibles, ces éléments apparaissent davantage comme des marqueurs, des structures d’enregistrement du monde. Précisément, l’appréhension du sujet disparaît au profit de l’expérience sensible; au profit de ce que ces éléments sont en tant que formes, plutôt qu’en tant que représentations.
Un processus qui définitivement prend le parti du tangible plutôt que de celui de la projection et des fantasmes qui lui sont associés. Le corps n'est pas ici un élément du romantique, mais toujours cruellement terrestre.
Aussi une dichotomie corps / paysage structure-t-elle l’œuvre de Yasmina Benabderrahmane, plaçant ainsi ces fragments sur le même plan physique, phénoménologique, de sujets devenus formes. Pour introduire peu à peu le sentiment de l’érosion qu’a subie la confiance même que nous portons à la seule expérience visuelle et en notre croyance acharnée en un réel signifiant. 

PORTRAIT-PAYSAGE, 2009

TEXTE : Leslie Compan 

Le Site Internet de Yasmina Benabderrahmane.


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